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Interview

Les films de nos 25 ans.1980. J.L.G.: «Hitchcock était un voyant»

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Alfred Hitchcock meurt le 29 avril. Alors qu'il mixe «Sauve qui peut (la vie)» à Paris, Godard rend hommage à celui qui «incarna le cinéma».

Publié le 13/05/1998 à 3h19

Jean-Luc Godard est amer. Un peu comme un naufragé qui se débat avec toute l'énergie du désespoir pour pouvoir encore faire du cinéma. Et dont on sent que le plaisir de filmer est le principe fondamental de vie. Jean-Luc Godard dit qu'il survit. Et si la mort d'Alfred Hitchcock le touche, c'est parce que cette mort symbolise selon lui un refoulement général du visuel et que Hitchcock plus que tout autre incarna entièrement le cinéma.

Pourquoi Alfred Hitchcock est-il si profondément identifié pour le public au cinéma américain, au point de l'incarner?

Parce qu'il a restitué pour les gens ­ le public et la critique ­ toute sa puissance à l'image et aux enchaînements d'images! Avec Hitchcock, les gens ont été contents de redécouvrir que le cinéma avait encore cette puissance extraordinaire que rien n'égalait. ça les a rassurés, on pouvait toujours faire du cinéma, qui est un art populaire par excellence. Et peut-être qu'eux-mêmes alors existaient en tant que peuple.

Pourquoi restitué?

Parce que cela avait été perdu. Il a redéfini pour les gens ce que le cinéma muet avait dû être, un truc très populaire mais qui allait très au-delà. Et qui, avec la complicité de la presse, des scribes et de la manière dont on utilise le langage (ceux qui se servent de la littérature pas pour communiquer mais pour diriger), avait été domestiqué par l'invention du parlant.

Le cinéma, c'est l'enfance de l'art. Les autres arts, c'est l'art adulte. Et le cinéma avait repris tous les autres arts mais à un échelon populaire, au stade de l'enfance. C'est pour cela que c'est un art démocratique, alors que la musique et la peintur

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