Tout le monde sait que Michael Cimino aime les mariages, les grands espaces et les Indiens. Mais quand il a téléphoné à l'Indian Museum de Santa Rosa dernièrement, c'était pour demander si le sélecteur de vitesses sur le dernier modèle de la mythique marque de motos Norton se trouvait au pied ou à la poignée. Santa Rosa est la petite ville où Hitchcock a tourné l'Ombre d'un doute. Le doute a dû aussi effleurer le cinéaste quand il a entendu la voix chevrottante répondre au téléphone, «ça dépend, les derniers modèles de l'Indian avaient les deux options. Norton en a fait jusqu'en 1947». Puis la vieille dame du musée a ajouté, l'air de rien, «moi je fais du 180 avec la mienne, mais sur les petites routes où y'a pas de police».
Ce genre d'aventure enchante Cimino, qui avoue préférer de loin la préparation, l'écriture et les repérages, aux tournages. Ce qui est heureux, vu les difficultés qu'il rencontre pour faire ses films. Mais cette fois, les renseignements sur la légendaire moto étaient pour son roman Big Jane, son premier, l'histoire d'une jeune femme exceptionnellement grande et belle. C'est un drôle de livre, un hybride qui n'a pas d'équivalent, improbable croisement entre roman picaresque et Pravda la survireuse (lire aussi page 32). On est en 1951, sur «la» route: Long Island où a grandi l'auteur, pas loin de chez Gatsby, le Midwest où adolescent il fréquentait déjà les réserves indiennes du Minnesota, le Montana où il s'est finalement trouvé (ou atteint) et, bien sûr,




