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Libération
Interview

Madone et dame

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L'actrice Lucia Bosé hommagée à Alès.

ParEdouard WAINTROP
Alès (Gard) envoyé spécial
Publié le 15/03/2002 à 22h36

Lucia Bosé était la semaine dernière à Alès pour l'hommage que lui rendait le vingtième Festival de cinéma gardois. Quand un journaliste évoqua sa réputation d'actrice du regard, la dame aux cheveux bleus baissa ses fines lunettes noires et regarda droit dans les yeux son interlocuteur qui se liquéfia littéralement. A 71 ans, la belle de Pâques sanglantes (1950), l'amante de Chronique d'un amour (1950), la Dame sans camélias (1953), la conductrice adultère de Mort d'un cycliste (1955), la veuve amoureuse de Cela s'appelle l'aurore (1956) a gardé une de ses armes les plus décisives.

Avant «Pâques sanglantes» de Giuseppe de Santis, que faisiez-vous?

Je vendais des marrons glacés dans une pâtisserie de Milan, et suis devenue miss Italia à dix-sept ans. Un jour, de Santis est venu dans la boutique me proposer le rôle féminin principal, la jeune paysanne amoureuse de Raf Valone. Silvana Mangano devait le tenir, mais elle était enceinte. Visconti lui a décrit mon visage. Quelques semaines auparavant, venu acheter des marrons, il m'avait dit: «Un jour, vous ferez du cinéma.» Mais le tournage a été très dur. Je n'avais jamais joué la comédie et, à l'époque, le cinéma italien était pauvre. Nous tournions dans les montagnes entre Rome et Naples sans aucun confort. Quand le film est sorti, la critique a décrété que jamais je ne serai une véritable actrice.

ça s'est arrangé avec «Chronique d'un amour».

Je ne comprenais pas tout ce que voulait Antonioni, il parlait souvent par concepts, de manière abstraite. Pour tout arranger, je n'avais pas 20 ans et jouais une bourgeoise qui avait un passé. Michel

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