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Libération

Bernadette et ses voix

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Itinéraire d'une doubleuse française en Amérique.

Publié le 17/04/2002 à 23h03

Los Angeles correspondance

La cassette que Cinemagnetics a envoyée à Bernadette Colomine contient quatre scènes de l'Ultime Razzia de Stanley Kubrick, dans une version française dont les voix fleurent bon les années 50. Marie Windsor y fait ses valises, prête à filer avec son amant et le pactole. Arrive ce pauvre Elisha Cook, son dupe de mari. Marie l'invective, bizarrement en anglais. Plus tard, elle s'étrangle de rage, plus rien ne sort de sa bouche. C'est pour un DVD que prépare MGM. Mais la version doublée française est endommagée. Hier soir, après avoir traduit les textes soumis avec la cassette, Bernadette a passé deux heures dans un studio de Burbank à mettre des rustines sur la bande-son amnésique. Elle devait surtout imiter la voix très datée de l'actrice française, ce qui l'a pas mal amusée. Elle produisait aussi la séance, dirigeant l'acteur qui faisait Elisha Cook. Bernadette fait un drôle de métier, logé dans une niche du business: doubleuse française en Amérique.

Traduction et rustines. «Expat'» depuis 1982, Bernadette Colomine a fait le circuit habituel, l'équivalent des bonniches pour les Irlandaises au siècle dernier : douze ans d'enseignement au Lycée français. Sa dérive artistique est moins habituelle. Chez elle, en retrait de Sunset Blvd et Silver Lake, en face du jardin exotique d'Epitaph Records, traînent des objets qui témoignent de cette émancipation : dessins de Tomata DuPlenty, légende de l'ère punk angeleno , CD dédicacé «to Bernadette» par Leonard C

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