Le visiteur commence par disparaître. A peine entré dans les lieux, il est escamoté par un placard infernal digne de Georges Méliès, l'un des très grands magiciens de la Belle Epoque. Coup de force illusionniste placé à l'orée d'une magnifique exposition consacrée... au cinéma. Car magie et cinéma riment aux origines du septième art, comme la science d'alors avec la poésie de l'écran ou les fantômes des salles obscures avec la technique cinématographique. Jacques Malthête et Laurent Mannoni, les deux commissaires de l'exposition, ont puisé dans les trésors conjugués des cinémathèques Méliès et française pour sortir de leur chapeau un itinéraire fait de dessins, maquettes, affiches, automates, trucs, chausse-trappes, grimages et finalement de films qui mène au coeur d'un mystère que l'on pensait insondable : comment le cinéma, dès son début, a conquis le public populaire en jouant de sa fascination pour ce qu'il ne comprenait pas, énigmes, disparitions, apparitions démoniaques et morbides. L'écran, tout d'un coup, pouvait fixer les formes de l'invisible et de l'incompréhensible. Cette vertu fit son aura et la vision de l'impossible son succès immédiat.
Boulimie. Une fois disparu, le «spectateur» de l'exposition se retrouve projeté par les marches d'un escalier étroit. Le voici qui débouche dans le plus petit théâtre du Paris fin de siècle, le «Robert-Houdin», près de l'Opéra, entièrement consacré à l'art de prestidigitation, dont Méliès devient directeur en juin 1888, à l'




