Quand on fait remarquer à Zwigoff que Scarlett Johansson était plus indiquée que Thora Birch pour jouer la Lolita qu'il tenait à injecter dans son film, celui-ci opine du chef avec emphase, sans avoir saisi qu'on parlait de Ghost World. «Oui, elle aurait été parfaite pour le remake, totalement idéale.» Il est un des rares à aimer la version filmée par Kubrick et le roman de Nabokov avec une égale passion, et à reconnaître que ce sont deux choses différentes. Il n'empêche que le côté inachevé du visage de Scarlett, ses yeux flous et sa voix cassée, font qu'on parle désormais d'elle sur le même ton religieux que suscite, disons, une Leelee Sobieski, la nymphette de Kubrick dans Eyes Wide Shut. Genre, «avancez directement à la case prison».
Teint scandinave, fossettes craquantes aux coins des lèvres, cette New-Yorkaise à peine majeure s'est fait remarquer à 12 ans dans un film indépendant, Manny and Lo, en particulier de Robert Redford, qui, deux ans plus tard, lui a fait jouer le rôle éminemment dramatique de Grace, l'ado amputée dans L'homme qui parlait aux chevaux, dans lequel elle se montrait impressionnante (et peu importe ce qu'on pense du film). De New York, où elle termine sa scolarité secondaire, la fameuse voix adénoïde, proche des végétations, vous parvient aussi troublante que dans les films. Une voix basse aussi, mais moins que dans Ghost World, lui fait-on remarquer. «ça vient surtout des répliques. Enid et Rebecca sont deux marmonneuses de première ; elles énoncen




