On est à peine surpris de voir figurer, de façon plus que proéminente, des images de Killer's Kiss (le Baiser du tueur) dans l'habillage de la chaîne câblée Turner Classic Movies (version US, avec des rasades de l'Inconnu du Nord-Express), tant celles-ci sont génériques : des taxi-girls sur une piste de danse, un vendeur de tickets de cinéma, une blonde anorexique en bustier devant sa table de maquillage. Le plus intriguant est qu'elles ont l'air d'aujourd'hui, instant-rétro, décoratives et anémiées. Kubrick lui-même disait qu'avec ce film, il s'agissait d'apprendre sur le tas, à 26 ans, tous les aspects du cinéma, montage, écriture, éclairage, et on le croit. Killer's Kiss, son deuxième film, en 1955, avec son semblant d'histoire et ses acteurs indigents, est une sorte de mortadelle visuelle : un film à découper en rondelles. Morceaux de bravoure déjà époustouflants (bagarre dans le loft avec le jeu de cartes) alternent avec de longs tunnels morts que la photographie, toujours intéressante, rend supportables.
L'un de ces tunnels sans air, la célèbre séquence dans l'entrepôt à mannequins où Kubrick se frotte à Welles et sa Dame de Shanghaï, est si long qu'il nous rappelle brusquement son dernier morceau de bravoure, tout aussi vide et vain, la partouze de Eyes Wide Shut. On ajoute trois zéros au budget, des strings aux filles et tous les masques vénitiens possibles, mais c'est la même inanité, le même bluff pour beaufs.
The Killing (l'Ultime Razzia), son film suivant, deux ans




