Sa place est toujours la même. A côté de l'écran, sur la droite. C'est là qu'il se tient, très droit sur son siège, ses grosses lunettes noires fixant un point imaginaire, de l'autre côté de la salle obscure. C'est de là que Mathieu Carta aime «voir» les films. A Lama, en Corse, on le rencontre aussi marchant seul parfois dans les rues du village, reconnaissant la moindre pierre du chemin du bout de sa chaussure, ou saisissant l'épaule d'un voisin qui passe. Mais le plus souvent, c'est avec la main sur l'épaule de Susy, sa femme, qu'il se guide. Pas de tâtonnements, pas de chien d'aveugle, juste la perception du corps de l'autre et l'écoute vigilante du monde.
C'est parce qu'il est aveugle que Mathieu Carta a voulu diriger un festival de cinéma. C'est ce qu'il fait, depuis neuf ans maintenant, avec le Festival européen du cinéma et du monde rural qui se tient au mois d'août dans le petit village balanais de Lama. «C'est au moment où j'ai perdu la vue, en 1988, que ma vie a basculé, explique-t-il. Je ne pouvais plus exercer mon métier de chirurgien-dentiste. Le maire de Lama voulait qu'on organise un festival pour promouvoir un peu le village. J'étais adjoint au maire, j'aimais le cinéma... et voilà.» Mathieu Carta aime laisser aux autres le soin de complexifier les choses. Pour lui, son parcours est ordinaire, son rapport au cinéma, anecdotique. «J'avais 4 ans quand mon oncle m'a amené pour la première fois au cinéma, raconte-t-il. C'était un film français et je n'ai rien com




