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Critique

Nuit inouïe à Irkoutsk

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Entre docu et fiction, une troupe de théâtre se sépare.

Publié le 27/11/2002 à 1h54

Après les dernières répliques d'Hamlet, le rideau tombe sur la scène de l'école d'art dramatique d'Irkoutsk, ville sibérienne proche du lac Baïkal. Les acteurs saluent : jeunes, excités. C'est la première fois qu'ils jouent devant un public. Ensuite commence leur dernière nuit dans cette école qu'ils vont quitter. Ils y sont entrés quatre ans auparavant. Les meilleurs iront à Moscou dans une école supérieure de théâtre. Les autres dans une troupe régionale, on pressent que certains vont morfler, d'autres abandonner. C'est la dernière nuit de leur adolescence prolongée, une nuit d'adieu, de règlement de comptes et d'amours qui ne se retiennent plus. Le groupe reste soudé jusqu'au bout de la nuit mais il implose de toutes parts. La vodka y est pour beaucoup, élixir magique qui broie les inhibitions, fait parler ce qui est resté longtemps tu. C'est une nuit de larmes et de fous rires. Une folle nuit de jeu. Un film fou.

Chacun est son double. Documentaire ? Fiction ? Les deux. Le réalisateur, Oren Nataf, connaissait ces acteurs et leur «maître», Viatcheslav Kokorine, réputé dans toute la Russie. Il voulait faire un film sur cela, cette ultime nuit. Dix jours durant, Nataf a organisé des répétitions avec chacun des jeunes acteurs et leur a demandé de composer un personnage à l'insu des autres. Chacun arrive au tournage abrité derrière ce masque de fiction, mais c'est leur double bien sûr, leur ombre, leur part maudite, le personnage porte le même prénom qu'eux. Autre ruse, Nataf

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