La censure, Lionel Soukaz connaît. Né en 1953, il a vu ses films Race d'Ep (pédé, en verlan) classé X en 1979, et Ixe censuré en 1980. Cinéaste de la libération homosexuelle des années 70, en compagnie de Guy Hocquenghem (auteur du Désir homosexuel et cosignataire de Race d'Ep, notamment), René Sherer, Michel Foucault, Copi ou Michel Cressole, Lionel Soukaz filme l'absolu du «corps que le désir ou la mort révèle», selon les mots de l'artiste Michel Journiac. Soukaz, auteur pourtant prolifique, s'est arrêté de filmer une bonne partie des années 80. Aujourd'hui, ses films brûlots clas sifiés X sont classés monuments historiques, officiellement restaurés et thésaurisés. «Mais je ne pourrais plus faire les films d'alors, et j'ai du mal à montrer ceux que je fais maintenant», dit Soukaz. Un paradoxe que nous avons voulu évoquer à l'occasion d'une carte blanche donnée à Lionel Soukaz, au neuvième Festival de films gays et lesbiens de Paris (lire encadré).
D'où vient votre rencontre du cinéma ?
Il y avait la cinémathèque de Chaillot, où j'ai passé une grande partie de mon adolescence. En plus j'animais un ciné-club au lycée Turgot, vers 16-17 ans, juste après 1968. Je programmais Dziga Vertov, Eisenstein. Le cinéma était pour moi un endroit sombre où je pouvais espérer voir sur l'écran ce que je ressentais profondément en moi, des désirs pour les personnes du même sexe. Les Amis de Gérard Blain avait été un choc. Dans le cinéma hollywoodien, l'homosexualité des personnages était touj




