Voici le premier film du Hongrois Béla Tarr distribué dans les salles françaises. Accrochez-vous, ça va swinguer ! Mais, disons, d’une manière particulière, ainsi que le campe d’emblée la première séquence du film : neuf minutes d’un noir et blanc venu des plaines boueuses d’Europe centrale, neuf minutes de vapeurs d’alcool, neuf minutes d’une danse morne et hallucinée où les soûlards locaux, sous l’emprise d’un postier simple d’esprit, yeux exorbités, se prennent pour des planètes et tournent lentement sur eux-mêmes jusqu’à l’épuisement.
C’est cette torpeur que Béla Tarr (48 ans) organise méthodiquement depuis trois films, Damnation, l’incroyable Satantango (sept heures d’hypnose), puis ces Harmonies... présentées à Cannes il y a trois ans. Il fallait voir les spectateurs sortir de la salle Doniol-Valcroze ce jour-là, hurlant à la mort pour certains, criant au génie pour d’autres.
Le cinéma de Béla Tarr est exigeant : il veut le spectateur entièrement, mobilisé dans tous ses sens... Ou le jette sans ménagement. Dehors, soit vous y revenez séance tenante, soit vous courrez voir un film d’action hollywoodien débile, histoire de retrouver un peu de futilité et de trivialité.
Semi-sommeil. Le meilleur conseil, face à ces images qui construisent, en d’interminables plans séquences à longues focales, d’étranges rituels répétitifs et déglingués entre des corps et des lieux abandonnés des dieux, c’est de se laisser aller. Calé dans le fauteuil, de préférence en position foetale, bercé




