«Ce ne sera pas tant une leçon de musique, annonçait d'emblée Nicola Piovani avec modestie, que ce que j'ai appris de Fellini en matière de musique.» Pour cette leçon inaugurale à la salle Buñuel, appelée à faire le pendant de celle sur le cinéma, le compositeur de 57 ans a passé sous silence la centaine de films auxquels il a collaboré, dont ceux de Moretti ou des frères Scola. Grand, en costume gris comme sa barbe et ses cheveux fournis, Piovani faisait d'emblée remarquer qu'il n'avait travaillé que sur les trois derniers films du Maestro : «Nino Rota avait posé les rails. Quand il est mort, après Prova d'orchestra, il fallait quelqu'un pour conduire le train. Ce qu'il y a de fort avec Nino et Federico, c'est que contrairement à ce qui se passe avec les vieux couples, les musiques deviennent encore plus géniales vers la fin.»
«Pour Ginger et Fred, il m'a demandé une musique qui serait comme l'ouvreuse qui nous mènerait dans le noir du film. Ça se passait dans des studios de télé, la première télé commerciale en Italie, celle du Cavaliere Fulvio Lombardoni, qui a son nom sur les jambons qui pendent à la gare de Termini, au début du film. Alors Federico me disait: "Tu sais, ces studios c'est le triomphe de la vulgarité, il faut du banal, du répétitif, tout ce côté un peu dégoûtant et aussi cette ARROGANCE de la télé." Et moi je notais ça sur un calepin, un peu déprimé quand même : banal, dégoûtant, vulgaire. Et puis, avant de partir, il avait déjà son manteau sur le dos, il




