L'homme et la ville se font écho : au corps blessé par la maladie et fatigué par les ans correspondent des immeubles rongés par le sel et le vent. Aux rides profondes, des façades craquelées. Mais, derrière les épaisses lunettes, l'oeil a cet éclat insolent, la même étincelle de folie qui vient sans raison frapper le promeneur croisant sans but au long des ruelles parfois crasseuses du quartier d'Anfouchi. Comme Alexandrie toujours, Chahine a deux visages, celui de l'esprit et celui des sens. Il s'est nourri au bouillon de culture de la ville mythique, imbibé de son riche passé et de son cosmopolitisme ; il s'est aussi roulé dans tous les plaisirs qu'offrait la cité voluptueuse. Comme elle encore, il peut décevoir. Elle fut la plus rayonnante des villes de la Méditerranée, la plus savante et la plus ouverte, elle n'est plus aujourd'hui qu'un énorme port engorgé, réfugié dans le souvenir de sa gloire passée. Lui fut le premier cinéaste arabe à ouvrir la porte de l'occident, à briser les barrières, à jeter des passerelles. Mais aujourd'hui, au Caire, ses films ne font plus recette, ses coups de gueule, prévisibles, font partie du folklore ordinaire et l'on entend parfois dire, au sortir des premières, que «Chahine, c'était mieux hier». Alexandrie et son fils prodigue savent pourtant, avec fierté, que l'on peut être et avoir été.
Levantins catholiques. A priori, Chahine ne parle pas d'Alexandrie, il la filme. Dans son oeuvre, elle joue le premier rôle. Elle est




