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«Une ville qui n'existe plus». Otar Iosseliani à Paris.

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Le réalisateur géorgien s'est installé dans la capitale française pour exercer son métier sérieusement. Mais vit dans la nostalgie de Tbilissi.

Publié le 14/08/2003 à 0h36

Difficile de vivre où que ce soit lorsqu'on appartient à une culture disparue. Même à Paris. Surtout à Paris où presque plus personne ne cultive l'art de perdre son temps en discourant jusqu'à potron-minet avec quelques amis autour d'une bouteille (plus, s'il y a nécessité), où l'obéissance aux obligations est la règle, et le temps pour vivre, l'exception.

Non, Otar Iosseliani n'est pas ce qu'on appelle un amoureux de Paris. Il n'en aime ni les rythmes, ni l'anonymat et encore moins les alignements à la Haussmann. «D'autant, confesse-t-il dans le petit appartement du Marais où il vient de s'installer, que je suis arrivé dans une ville que je croyais connaître et qui n'existait plus.» Laquelle ? «Certainement pas celle de Jean Valjean ou de Germinal» mais celle, bien sûr, des impressionnistes interdits en URSS, qu'une grand-tante française installée à Tbilissi (Géorgie) lui avait fait connaître, celle du Montparnasse et de la Closerie des Lilas, célébrés par Maïakovski, celle de Picasso, Modigliani et Foujita, sans oublier Buñuel, celle «qui avait si bien accueilli Dovjenko, Barnet et même Eisenstein que je n'aime pourtant pas beaucoup», celle enfin de Céline et de Queneau.

«Plexiglas». «Deux épisodes ont suffi, très tôt, à me réveiller, à gommer l'image que je m'étais faite. Premier déclic : à l'issue d'un déjeuner avec des amis dans un bistrot, chacun paye sa part. Une vraie honte ! Quelque chose d'inimaginable en Géorgie où on se bat pour payer la totalité d

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