L'oeil de la caméra avance lentement vers le visage affichant un bandeau noir et d'épaisses lunettes. La précision du souvenir, le ton badin, un fort accent allemand, pas de doute, c'est Fritz Lang. Nous sommes en 1975. Un jeune cinéaste américain, William Friedkin, célébré par Hollywood et la critique européenne pour ses premiers films, The Night They Raided Minsky's, The Boys in the Band, French Connection et l'Exorciste, filme une conversation de deux heures avec le grand cinéaste viennois.
«Pas celui qu'on connaît». Présentée pour la première fois au festival de Turin en novembre, cette conversation jette une lumière étonnante sur celui qu'honore le musée d'Orsay. «Un jour de 1975, j'apprends par hasard que Fritz Lang vit à Los Angeles à vingt minutes de chez moi. A 85 ans, il n'avait pas réalisé de films depuis longtemps, et je ne me doutais pas qu'il était encore vivant !» Friedkin, 40 ans, sollicite une entrevue. «On a discuté pendant une heure et je lui ai demandé si je pouvais revenir avec une petite équipe afin de filmer notre conversation. "Entendu, venez jeudi et vendredi, pendant une heure seulement, car je fatigue vite."» Friedkin revient le jour dit avec deux techniciens. Eclairage minimal, film noir et blanc, 16 mm, la caméra est installée loin de Lang de façon à ce qu'il ne la remarque pas. «Nous ne voulions pas qu'il soit dérangé ou distrait par la technique. Il ne savait pas quand on filmait. A ma connaissance, il n'existe qu'une autre interview de Fritz La




