Pour les Américains, elle était «fille du Dragon» jusqu'à plus soif. Pour les fans du monde entier, elle était Anna May Wong, la Chinoise de Hollywood, si connue qu'on lui attribuait des scandales à Vienne alors qu'elle était à Londres ou à Stockholm. Pour les nationalistes chinois, elle était une poupée de l'Occident. Pour les intellos mondains de l'Algonquin, son quartier général à New York, ou pour les actrices lesbiennes (Nazimova, Tallulah), elle était «perpetually cool» et elles se bousculaient pour la voir gazouiller dans Turandot à Broadway. Et pour Eric Maschwitz, l'amour de sa vie qui a écrit These Foolish Things pour elle, elle évoquait «A cigarette that bears a lipstick trace/ An airline ticket to romantic places...»
A la Joséphine Baker. Une récente rétrospective (UCLA Archive et des copies magnifiques du British Film Institute) financée par ce vieux play-boy Hugh Hefner, ainsi que deux biographies permettent de replacer l'actrice dans son contexte international. Car si les lois racistes qui prévalaient alors aux Etats-Unis ont empêché Hollywood de lui donner de vrais beaux rôles, c'est en Europe que Wong est allée chercher la renommée, dès 1928. A la fois rebelle à sa culture et travailleuse de par sa culture, l'actrice dissipée a su trouver et conserver ses appuis mondains : comme Louise Brooks, mais sans brûler les ponts comme elle, elle passait facilement du monde factice de Los Angeles aux cercles intellectuels et mondains, de New York à Londres, de Paris à




