A Los Angeles,
Manny Farber peint très bien les navets, nombreux dans ses toiles des années 80, au milieu des pièges à taupes (From the Bottom, 1989). C'est peut-être normal pour un ancien critique de cinéma. Sauf que Farber, son périple, son style, ses grands écarts géographiques et graphiques n'ont rien de normaux. «Une vision pluraliste», dit-il à la fois de sa peinture et de son approche du cinéma. Alors que dans les années 50 Andrew Sarris recyclait pour les Américains les intuitions «cinéma d'auteurs» des Cahiers, Farber regardait malicieusement dans les coins, privilégiant les moments, les détails, plutôt que les ensembles et les cinéastes.
Et il n'hésitait pas à conchier Fellini, Losey et les vaches sacrées de la nouvelle vague (surtout «Jeanne Morose»), pour défendre l'«art termite» le cinéma d'action exemplifié par certains films de vieux, comme Wellman, Mann, Hawks ou Walsh, ou de jeunes, comme Aldrich, Karlson ou Siegel. Mais il esquintait même les auteurs qu'il défendait, avec cet esprit contradictoire qui le rend si amusant et stimulant encore aujourd'hui. Son éloge acide du grand critique et écrivain James Agee, qu'il remplacera un temps à The Nation, est exemplaire à cet égard. Avec lui comme ami, plus besoin d'ennemi. «Manny est un tel ronchon qu'il est toujours étonné de trouver quelque chose qu'il aime», rapporte le critique d'art Dave Hickey. Sa peinture procède du même projet que ses articles si influents en leur temps : une revue de détail, et un génial




