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Libération

«La Passion» sans émoi

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Publié le 07/04/2004 à 0h09

En Egypte, une salle obscure, c'est tout sauf silencieux. On téléphone, on commente... Lors des premières séances de la Passion, cette semaine au Caire, rien de tout ça. A peine quelques claquements de langue désapprobateurs quand l'hémoglobine goutte un peu trop sur l'écran. Alors que Jésus saigne, une femme voilée pleure et répète à l'infini «Habibi» («chéri»). Les lumières se rallument, tout le monde se regarde, chrétiens, musulmans. Une copte, crucifix au cou, essuie quelques larmes. Dehors, des jeunes commentent. «Je suis musulmane, c'est intéressant pour comprendre la religion chrétienne, affirme l'une. La souffrance de Marie m'a touchée.» «C'est la souffrance universelle», reprend son compagnon. «L'islam considère Jésus comme un prophète. Mais nous ne croyons pas qu'il a été crucifié.» Et d'ajouter : «Le film est pas mal, sans plus. Mais, en tout cas, pas antisémite !»

Déception ? Annoncé à grand renfort de presse, le film a été précédé en Egypte de sa copie pirate. Pour moins d'un euro, un best-seller, précisément à cause de sa sulfureuse réputation, dans un pays où le rejet d'Israël, et par extension des Juifs, reste une valeur sûre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les bobines de cette Passion ont échappé aux ciseaux de la censure. Même la sourcilleuse institution d'Al Azhar, qui a déjà fait interdire des films de catéchèse musulmane car les prophètes y étaient personnifiés, n'a pas fait jouer son veto. Et d'assurer, sans rire, qu'elle n'intervenait pas «dans le

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