Ce plan, Damien Odoul l'a vu et revu des centaines de fois. «Au montage, puis au mixage, c'est celui qu'on a le plus travaillé, le plus complexe et le plus important du film», explique le cinéaste de 36 ans. Dans un petit appartement de la rue Saint-Maur, dans le XIe arrondissement de Paris, il bricole encore avec son assistante, Gwenola, sur une table de montage numérique rudimentaire : «On fait tout nous-mêmes, comme à la maison, sans studio ni labo, c'est un peu comme du cinéma amateur.»
Bachiques. Ceci est un plan théâtral, où les liens de cinq des personnages du film sont mis à nu : la comédienne de dos, défaite, dégrafée, posant en tragédienne (Anna Mouglalis), son metteur en scène et amant à gauche, dandy à cigarette, contemplant presque ironiquement son «oeuvre» (Damien Odoul), le dramaturge à droite, sorte de clown à textes relevant de l'espèce du génie interdit (Eugène Durif), au fond la muse et le séducteur, Lola et Antoine, s'échappant dans la lumière d'une fenêtre qui donne sa profondeur à la composition.
Une scène à la Tchekhov, où Damien Odoul voit «l'insouciance de la vie», «l'imposture de cette troupe qui n'a rien à montrer» et «les puissances trompeuses de l'amour». Il ne manque que le personnage central du film, errant de tragique en burlesque, du drame à la farce, Pierre Richard campant un vieil aristocrate qui paye une troupe de théâtre afin qu'elle lui joue, dans son château, pour lui tout seul avant qu'il ne meure, une pièce inspirée du mythe de Dionysos




