Instincts meurtriers semble en avoir suscité d'autres chez les critiques américains, à en juger par la férocité avec laquelle ils s'en sont pris à Philip Kaufman pour ce film de commande, certes pas bien reluisant, mais pas pire que les daubes serial-killer-thrillers qui tombent tous les mois des studios comme des factures. C'est aussi, cruellement peut-être, une sorte d'hommage qu'on lui rend : il paie cher pour la qualité éclectique de son oeuvre passée. Un éclectisme forcené («Je n'aime pas me répéter») qui le fait passer pour un caméléon. David Edelstein l'exprime de façon terrible dans sa critique pour le magazine en ligne Slate : «Kaufman prouve une fois de plus à quel point il peut se fondre miraculeusement dans son matériau de départ. Dirigeant un polar de troisième zone maladroit et inutile, il devient un metteur en scène de troisième zone, maladroit et inutile.»
Mais l'argument vaut aussi pour ses films passés. Son remake d'Invasion des profanateurs de sépultures (1978), tout en conservant l'esprit paranoïaque du film de Don Siegel, baignait aussi dans une sorte de folie glauque qui capturait parfaitement l'époque new age qui a succédé à la contre-culture en Californie. L'Etoffe des héros (1983), sur le programme spatial américain, sous ses allures de grosse production, fut en réalité filmé avec des bouts de ficelle, et réveilla chez le cinéaste et ses collaborateurs le même instinct pionnier des pilotes d'essai et des savants de la Nasa. Au lieu d'une ode aux proue




