Michèle Halberstadt, 48 ans, et Laurent Pétin, 54 ans, dirigent ARP Sélection, l'une des principales sociétés indépendantes de production et de distribution de films. Ils ont travaillé avec Rappeneau, Corneau, Dupeyron, Jacquot, Godard, mais aussi sur Taxi I, II et III.
Que veut dire distribuer un film aujourd'hui en France ?
Le faire exister, le faire voir. C'est à la fois de plus en plus facile, puisque le nombre de films ne cesse d'augmenter un tiers de plus en quinze ans , et de plus en plus difficile de trouver les niches qui permettent à ces films d'être vraiment vus, d'épuiser leur potentiel de public. Car le roulement des films est impitoyable. Il y a 558 écrans à Paris et, mercredi dernier, 149 ont changé de films, soit 27 %. La semaine précédente, c'était 33 %, celle d'avant 35 %... Tenir un film sur le bouche à oreille quand un tiers des écrans change chaque semaine relève de la gageure.
La manière de consommer les films en salle a-t-elle changé ?
Radicalement. Le public le plus captif, les jeunes qui vont au cinéma une fois par semaine, demande un choix élargi et renouvelé. Comme au supermarché : on change les têtes de gondole chaque semaine et on élimine les produits dits «périmés». Le cinéma s'est calqué sur ce modèle, et le principe des cartes illimitées en a été la consécration. Ces cartes représentent 40 % du public des multiplexes et réseaux parisiens, et cette clientèle est friande de changement, tout doit rouler vite. Cela sacrifie les films qui ont besoin




