Buenos Aires, envoyé spécial.
Walter Salles dîne dans un restaurant libanais d'Almagro, le quartier à la mode de Buenos Aires. Le cinéaste
brésilien, épuisé, a perdu six kilos en quelques semaines d'un tournage à travers une nature parfois hostile du continent sud-américain, de la capitale argentine à Chuquicamata, au Chili, et retour, en passant par la cordillère des Andes. Ils ont ainsi retracé la première partie du voyage épique que firent à moto le jeune «Che» Guevara et un copain, en 1952 (lire ci-dessous).
Pour Salles, l'aventure de ce Diarios de motocicleta (Carnets de voyage) a commencé trois ans plus tôt. Révélé par Terre étrangère (en 1996), il a connu la consécration en 1998 avec Central do Brasil, après la présidence «thatchérienne» de Fernando Color (qui a ruiné le cinéma local), c'était la première fois depuis longtemps qu'un cinéaste montrait le coeur du pays. Gros succès à domicile, Central do Brasil est aussi salué au dehors. Après sa présentation au Festival de Sundance, capitale du cinéma indépendant américain, le réalisateur brésilien devient le chouchou de Robert Redford et de son équipe. Or, l'acteur américain vient de lire le journal de voyage à travers l'Amérique latine d'Ernesto Guevara (1) et les souvenirs de son compagnon d'aventures, Alberto Granado, rassemblés en un livre par le journaliste italien Gianni Mina. Conquis par cette histoire de routards de gauche, il veut en faire un film, acquiert les droits d'adaptation pour sa compagnie Southfork et




