Seuls les initiés qui connaissaient Betsy Blair à Paris dans les années 50-60, lorsqu'elle faisait partie du cercle des exilés de Hollywood blacklistés et des sympathisants communistes français (Signoret, Montand, Reggiani), pouvaient peut-être se douter que l'actrice écrirait des mémoires aussi formidables. Pour les autres, elle n'était au mieux qu'une figure anecdotique ou marginale du cinéma. En dépit des nominations aux oscars et de la palme d'or obtenue à Cannes en 1955 par Marty, «récompensant la belle humanité du film et de ses interprètes Ernest Borgnine et Betsy Blair», ou de son rôle dans le Cri, le plus beau film d'Antonioni, elle ne figurait pas vraiment sur la carte, ni celle du Tendre, ni celle du glamour. Et pourtant. On ne saurait imaginer destinée plus ébouriffante ni vie plus enchantée que celle de Betsy Blair, et ce n'est pas pour rien qu'elle eut Lois Moran, l'inspiratrice de Tendre est la nuit, pour protectrice. On connaît peu de vies plus remarquables, plus volontaristes que la sienne.
Volontaire. Après une enfance heureuse dans le New Jersey, on voit la très jeune Betsy Boger «monter» à Manhattan pour devenir chorus girl. A 17 ans, elle devient la girl du chorégraphe Gene Kelly (qu'elle prend d'abord pour un garçon de café), dès 18 ans elle en est l'épouse-enfant fétiche, puis la mère de leur petite Kerry, dorlotée par la MGM pendant quinze ans. L'actrice occasionnelle Betsy Blair quittera néanmoins par deux fois des hommes «auxquels elle ne pouvait rie




