Saint Sébastién, envoyé spécial.
Mikel Olaciregi, le directeur du Festival de Saint-Sébastien, avait prévenu : cette année, la sélection sera un reflet du monde et de ses conflits. Au programme : guerre en Afghanistan, pauvreté en Argentine, prisons en Espagne, clandestins en France, terrorisme en Irlande, guerre en Yougoslavie, etc. La plupart du temps, des films bien faits mais incapables de décoller. Pour faire plus réel, nombre de ces films adoptent une esthétique de reportage télé : la caméra sans cesse en mouvement. De quoi nous faire nous souvenir avec nostalgie des articles de Rohmer, Godard et consorts, qui nous expliquaient que le choix d'un cadre était une pensée, une esthétique à l'oeuvre...
Autre conséquence de cette réduction naturaliste : la tendance à massacrer les personnages quand les films ne savent plus quoi en faire. Ainsi la première heure de Songe d'une nuit d'hiver, de Goran Paskalievic, est sans doute la meilleure que l'on ait vue en huit jours. On y suit Lazare, un homme massif et triste qui revient chez lui, dans une bourgade serbe.
Points sur les i. Lazare a passé dix ans ailleurs, et on comprend que ce n'était pas en vacances. Il vient reprendre le cours de sa vie et la maison de sa mère, qui a été pillée. Il y a une scène belle et cruelle où on le voit débarquer chez les voisins qui déjeunent, prendre les chaises, ses chaises, sur lesquelles ils sont assis, et ajouter : «Finissez de manger, je reviendrai récupérer la vaisselle ensuite !» Ce n'est p




