Il suffit d'avoir voyagé une fois dans sa vie pour savoir qu'on ne pénètre réellement une société qu'en sondant ses codes amoureux, plus juste façon de basculer du côté de l'intime, cet endroit où les lois se dissolvent, inefficientes à empêcher quoi que ce soit. Téhéran est l'endroit où l'on imagine la parole amoureuse indicible, retenue avant même d'être censurée. Jusqu'à Tabous, petite bombe de film où une heure dix durant, dans Téhéran, femmes et hommes se laissent aller à une confession sensuelle, libre, désirante, heureuse, déprimée, frustrée, en colère, pétrie d'hypocrisie. Une parole «sans voile» comme l'exige la métaphore les métaphores prennent des libertés que les politiques ou les religieux ont du mal à leur accorder.
Ces mots de la chose ont été confiés ni à un médecin, ni à un religieux, mais à une jeune femme, la plasticienne et vidéaste Mitra Farahani. Cette oreille féminine, qui reste toujours hors champ, vaut à elle seule manifeste : malgré la clandestinité qui seule a rendu possible Tabous, l'existence quoi qu'il en soit d'un film dans lequel on peut voir un religieux et une transsexuelle s'adresser à la suite et sans chuchoter à une caméra tenue par une femme, a valeur de révolution.
Les paroles crient toutes la même chose : comment une société peut-elle s'ériger sur le culte de la virginité, du péché et du seul lit conjugal et laisser l'Iran tricoter malgré ça une sexualité où le désir circule, comme partout ailleurs ? Où se situe la limite de l'interdit




