Cinq films du début des années 60, dont quatre réalisés par lui-même, édités en DVD : la bombe Jerry Lewis est lâchée. Cible double : le public français, qui a perdu l'habitude d'admirer le génie comique de ce grand enfant aux grimaces ahurissantes ; ensuite, les Américains qui détestent le cinglé du New Jersey autant que nous l'avons aimé.
Pour faire le point sur ce désaccord profond, on peut se plonger dans Inventing Jerry Lewis (1). L'auteur, Frank Krutnick, professeur d'études filmiques à l'institut Rockampton de Londres, y avoue d'abord combien il lui fut difficile de trouver un éditeur. Un contrat passé avec une maison londonienne a été annulé par la direction new-yorkaise qui ne supportait pas d'être associée à un ouvrage sur cet «idiot». Krutnick se rappelle alors ce que David Thompson, Britannique de San Francisco, admirateur comme lui de Jerry le cinoque, écrit dans son dictionnaire du cinéma : «Vivre aux Etats-Unis, c'est affronter l'incrédulité des gens quand on leur parle avec sérieux de Jerry Lewis. Peu de griefs peuvent être retenus ici contre les Français qui soient aussi graves que leur amour pour lui.»
Culte. Au temps du Dingue du palace, Positif et les Cahiers du cinéma, qui s'étripaient sur tous les autres sujets Rossellini, Hitchcock, la nouvelle vague communiaient dans le culte de Jerry. Roger Tailleur évoquait dans Positif le «grimacier génial» ; Robert Benayoun, même chapelle, célébrait «le plus grand artiste comique depuis Buster K




