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Libération
Critique

En rébellion contre l'excision

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«Moolaadé» du Sénégalais Ousmane Sembene est un plaidoyer pour la révolte des femmes africaines.

Publié le 09/03/2005 à 0h53

C'est un vieux mot de langue pulaar pour exprimer l'idée du droit d'asile, le Moolaadé, ou la protection accordée rituellement dans un espace sacré à ceux qui fuient, qui cherche refuge. C'est un aussi vieux mot en langue sarakolé ou mandingue, qui désigne l'excision des fillettes pour les purifier, le Salindé, prélude à une cérémonie rituelle profondément ancrée dans les moeurs africaines, tous les sept ans, quand les gamines se font couper par les exciseuses dans le bois sacré, supportant la douleur, la morsure vive, brûlante, la lame domptée, dominée. La fille non excisée devient elle une bilakoro : impure pour le mariage.

Sembene filme cette guerre des mots qui est aussi une terrible lutte des corps : quand quatre fillettes trouvent refuge chez Collé, et lui réclament le Moolaadé contre le Salindé, la protection contre l'excision. Collé, qui a subi l'épreuve, mais l'a refusée pour sa fille, prend la tête de la révolte contre les exciseuses du bois sacré : elles n'ont pas intérêt à franchir la limite de sa maison, matérialisée par une corde de couleur, et personne ne sortira de chez elle avant la fin de l'asile. La seule qui, par ruse, sera attirée dehors va mourir sous les couteaux du sacrifice, parce que sa mère voulait en faire une femme, honnête et mariable.

Sembene a toujours conçu le cinéma comme un combat, contre l'ignorance, pour la pédagogie des couleurs et des décors, l'effet des sens. Son neuvième film est fidèle à cette lutte : les groupes s'affrontent comme des

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