La soixantaine portée avec classe, Hanna Schygulla est une vaillante ambassadrice de Fassbinder over the world : hommage à Amsterdam, rétrospective à Berlin, intégrale à Beaubourg... De la quinzaine de films tournés ensemble, elle parle avec lucidité. Au plafond, un étrange lustre fait d'ampoules, de lettres, de citations griffonnées sur papier. Sur l'un des mots, signé Rainer, envoyé de Berlin le 23 janvier 1979 : «Die Liebe nahm eine Ende Mehr...» («L'amour avait encore besoin d'une fin...»).
Tu seras une star. «On était étudiants dans une école de théâtre, à Munich, en 1963-64. J'étais prête à abandonner, déçue, quand Rainer m'a remarquée. Il n'était pas comme les autres, avec son visage un peu mongol, asiate, cette force de la nature, et un mélange de timidité, de vulnérabilité et de rébellion. Son talent était déjà éruptif. Il sortait du cadre, et il devait sentir un peu la même chose en moi. Après l'école, on s'est perdu de vue un ou deux ans. Puis une fille, dans sa troupe, a eu un accident, et il m'a retrouvée : "J'ai eu un flash sur toi, m'a-t-il dit. Tu es une héroïne de film américain, le peuple va adorer ton glamour. Tu seras une star..." J'ai rejoint sa troupe, l'Action Theater, dans le genre du Living Theatre, on jouait tout le temps, sans vraiment répéter. Il n'y avait pas de différence entre la vie et la scène.»
Amour, rire, et Cuba libre. «Oh là là! l'ambiance de la troupe... On vivait dans une grande maison à la campagne, près de Munich, en ébullition permane




