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Libération
Critique

Esthétique de l'excès

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Cinéma. L'intégrale des films chocs de Gaspar Noé.

Publié le 19/05/2005 à 2h14

«Pourquoi se priver du plaisir de choquer, pourquoi priver le public du plaisir d'être choqué ?» La proposition est de Pier Paolo Pasolini, mais Gaspar Noé l'a fait sienne dans ses trois films, un moyen métrage et deux longs diffusés d'une traite cette nuit. «Quand je veux faire un drame existentiel, finalement je me rapproche de Hara-Kiri et du professeur Choron», explique le réalisateur au crâne rasé dans l'entretien introductif à son intégrale. Ce qui s'était révélé une qualité pour le diptyque Carne/Seul contre tous, s'est transformé en malédiction pour Irréversible. Le scandale annoncé du Festival de Cannes 2003 s'est révélé un pétard mouillé : la faute à une esthétique de l'excès contre-productive, comme cette métamorphose d'un visage humain en bubble-gum usagé à coups d'extincteur, dont l'outrance (involontairement ?) comique finissait par décrédibiliser des scènes autrement dérangeantes (le viol «en temps réel» et plan fixe de Monica Bellucci). C'est la rançon du pari courageux de Noé : à toujours jouer les casse-cou sur le fil de la provocation radicale, on risque de chuter dans le gouffre du ridicule...

La confusion générale d'Irréversible se relativise néanmoins à l'aune de l'impressionnante maîtrise de Carne puis de Seul contre tous. Les deux films racontent la descente aux enfers sociaux et familiaux d'un boucher chevalin déclassé, amoureux malsain de sa fille et ennemi fiévreux de l'humanité. Les monologues obsessionnels du héros rappellent Céline, l'hyperformal

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