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Libération
Critique

«Aux abois», échappée trouble.

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Une cavale existentielle du critique de cinéma Philippe Collin qui révèle Elie Semoun.

Publié le 21/09/2005 à 3h46

C'est un film qui met une élégance burlesque à marcher à l'envers. A danser une danse de mort sur le fil d'une dissonance comique. Pourtant, Aux abois, de prime abord, se donne un air carré de polar quasiment pris dans le moule de la référence. Les décors, les éclairages, les costumes, la modulation des dialogues, ressuscitent les années 40-50. On se sent moins, en fait, dans une époque de vie que dans une époque de film : le cinéma de papa. Ou plutôt ce moment charnière où la Nouvelle Vague emprunte les sentiers de la série noire.

Parenthèse. Ici, la révélation vient d'un Elie Semoun taciturne, en quidam solitaire. Il incarne Paul, un agent d'assurances ruiné, cherchant à se refaire en empruntant du fric à un usurier de boîte de nuit. Au bout du rouleau, il finit par le trucider pour le voler, en oubliant, dans la crise ­ lui, l'obsessionnel des vérifications domestiques ­, l'instrument du crime qui ne manquera pas de le faire identifier. C'est le commencement d'une fuite sans issue qui arrache le film à l'obscurité confinée du milieu parisien pour l'aérer vers l'extérieur, la province, la mer...

Une course, pourtant, dont il deviendra de moins en moins sûr qu'elle vise à échapper aux flics. Comme si l'essentiel se concentrait plutôt dans la seule intensité de cette parenthèse de liberté, suspendue entre le crime et la capture inéluctable. Dans cet intermède où les instants sont comptés et où tout est incertain (la destination finale du héros, l'état des pour

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