Bertrand Horel, chercheur au laboratoire de sociologie des usages de France Télécom R&D, étudie les nouveaux usages du MMS, cette application des téléphones portables qui permet de filmer, photographier et envoyer images, sons et textes simultanément. Depuis un an, il observe les échanges d'une poignée d'utilisateurs (trois groupes de six), testeurs volontaires, d'abord «le tout-venant», puis des «technophiles avertis» ayant des rapports privilégiés (couples, mère-fille, copains), afin de déterminer une nouvelle «poétique de l'écrit d'écran».
Avez-vous décelé une nouvelle façon d'échanger avec le MMS ?
Si le MMS est vraiment multimédia à la base, les gens n'utilisent pas du tout ses richesses potentielles. La vidéo via MMS n'est pas plus difficile d'usage mais requiert des conditions de lumière, d'espace qui sont plus complexes. Les usagers vont au plus rapide et évitent ainsi les problèmes d'interopérabilité (une vidéo est moins lisible d'un opérateur à l'autre). Néanmoins, s'ébauche un jeu sur le cadrage et le hors-champ, ainsi qu'une dimension temporelle du récit (je pars, je prends une photo de train). Il ressort aussi que le MMS relève d'abord d'une démarche proche du journal intime : dans un périmètre de 2 m2, c'est mon quotidien, mon intimité qui est en jeu.
Quels nouveaux usages avez-vous identifiés ?
Il y a d'abord l'effet carte postale, qui n'est pas propre au MMS : les gens reproduisent énormément le schéma de la photo de voyage, le clin d'oeil («ma nouvelle coupe de




