Merde, le smoking. Il est 14 h 25, la réunion commence dans cinq minutes et Frédéric Cassoly se souvient brusquement qu'il a oublié son smoking chez le teinturier. Les patrons des plus grosses agences photo sont en train de rentrer dans son bureau, au Palais des festivals à Cannes. Là, Cassoly dirige la section Images et Audiovisuel. C'est lui, ou plutôt son service, qui attribue à chaque photographe la place numérotée où il devra se poster le soir à la montée des marches on peut dire «red carpet» et aux séances où posent les acteurs on doit dire «photo call». Certaines places sont excellentes, d'autres pourries. Cannes, c'est un peu le classement ATP des photographes. «Suivant le numéro qu'on te donne, tu sais ce que tu vaux», dit un reporter. En général, c'est vrai pour tous ceux qui approchent du tapis rouge.
Croisette Connection.
Les dix meilleures places sont cette année tirées au sort entre les agences les plus importantes et deux photographes locaux : c'est le but de la réunion de 14 h 30 dans le bureau de Cassoly. Exposé à froid, l'enjeu fait rire, mais les patrons tirent de telles têtes qu'on comprend vite que ce n'est pas le moment. L'un a une belle voix grave, qui tremble un peu : «Fred, tu sais, si t'as pas une place du centre, t'es planté pour tout le festival. Tu vois la mise, pour nous ?» Fred Cassoly tend les cartes en éventail. Il y a un mouvement de visages bronzés, de cheveux gominés, de chemises blanches, on dirait l'image d'un film sur la mafia où de




