C'est l'année de la Chine. Wong Kar-wai préside le jury. Un journaliste chinois soupire. Il est épuisé. «C'est tous les ans l'année de la Chine.» A Pékin, les films de Wong Kar-wai ne sont pas forcément distribués. De toute façon, le journaliste chinois parle surtout de Monica Bellucci quand on lui commande un article sur le jury. «Chez nous, elle est bien plus célèbre, la numéro 1.» A Pékin, les films de Monica Bellucci ne sont pas distribués non plus. Ils circulent en cassettes pirates. Les places de cinéma coûtent 6 euros et les dvd 80 centimes. Là-bas, un des gros succès, l'an dernier, fut un film allemand qui promettait «15 BMW cassées en 90 minutes». Le journaliste chinois traîne une valise à roulettes. Il quitte Cannes avant la palme. «Je n'avais que cinq jours d'autorisation de sortie.»
«Bouche refaite». Dans la rue piétonne, derrière la Croisette, la vendeuse d'un magasin de marque assure que le gagnant sera Indigènes, le film de Bouchareb. Elle ne l'a pas vu, ni celui-là ni un autre, et c'est pour ça qu'elle peut en parler «en toute objectivité». Une cliente retire ses lunettes noires pour la regarder de plus près. Elle la coupe. «Dites-moi, vous n'avez pas la bouche refaite ?» La vendeuse : «Bien sûr, comme tout le monde.» La vendeuse reprend : «C'est sur les Nord-Africains.» La cliente : «Je croyais que c'était sur les immigrés.» La vendeuse : «Non, ça se passe avant qu'ils deviennent des immigrés. Le film est historique, comme Marie-Antoinette, mais ça fait pleur




