Evénement à Berlin en janvier, remportant un ours d'argent, le film a déjà fait fort jaser. Le sujet l'imposait : comment les Américains ont perdu le sens de la démocratie et torturent à Guantánamo, qu'on soit taliban, membre d'Al-Qaeda ou pauvre hère tombé là par hasard. Winterbottom a toujours su choisir les bons sujets, ceux qui fâchent.
Maraudeur. A 45 ans et treize films, il a mis au point, avec son producteur Andrew Eaton chez Revolution Films, un système : équipe réduite sur le terrain, acteurs peu connus, filmage rapide en petites caméras, et beaucoup d'énergie. C'est un cinéma de maraudeur, sans permis, lancé dans un carambolage des genres : Code 46, incursion futuriste, le revival new wave 24 Hour Party People, le porno soft 9 Songs, ou le convaincant In the World suivant deux jeunes Pakis dans leur voyage vers Londres. Tandis que, le mois prochain, sort son adaptation libre et échevelée de Tristram Shandy, Tournage dans un jardin anglais. La forme, chez Winterbottom, est faite de désinvolture et d'inachevé, mais il poursuit une quête aussi vaine que touchante : le «cinéma vérité». Souvent en passant par l'artifice suprême : ce qu'on ne peut pas enregistrer en vrai, on le reconstitue en faux. Arriver au vrai par le faux, il y a un côté attrape-couillon dans cette manière, sans qu'on puisse lui dénier une formidable force de suggestion.
The Road to Guantánamo suit la descente aux enfers des «Tipton Three», Asif Iqbal, Ruhel Ahmed, Shafiq Rasul, jeunes Anglais d'origin




