Il s'est passé à Cannes, avec le film de Bruno Dumont, un phénomène critique qui nous a tenu lieu de miroir du moment présent. Flandres, du haut de son impressionnante heure et demie, et du malaise qui s'en dégageait, ne donnait jamais le signe de vouloir être aimé. A la séduction, il préférait la confrontation, la violence implacable, surtendue.
Doute. D'aucuns ont parlé alors de provocation. Mais Flandres, par là, nous faisait du bien. En même temps, bien sûr, il ne pouvait que diviser intérieurement : impossible d'être entièrement avec le film, mais aussi impossible d'en sortir, sinon en morceaux. Stylistiquement, Dumont n'a jamais été aussi solide, aussi maître (en 35 mm, partie Flandres glacées, comme en 16 mm, partie guerre brûlante). Mais cette puissance dans le trait ne travaille qu'à approfondir un doute général : l'homme comme grand embourbé. Qu'il s'appelle Demester, fermier amoureux, mi-ours mi-nounours, ou Barbe, fille et femme, qui voit partir d'un coup Blondel, son amant, et Demester, son ami épris d'elle, à la guerre. Une guerre sans nom. A la fois passée (Algérie ?), présente (Irak ?), et à venir. Une guerre sans loi, sans morale. Dans la boue des Flandres, l'humanité s'enfonce. Dans le sable du désert, elle implose.
On pouvait s'attendre à ce que le film naisse de l'échec du précédent, 29 Palms, projet américain sexy et aéré, qui, sur le papier, avait tout pour exciter la critique comme le public et qui, au finale, n'avait plu à personne




