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Critique

Quay des brumes.

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Publié le 20/09/2006 à 23h21

Peut-être parce des personnalités comme Terry Gilliam ou les rockeurs de Mogwai leur vouent une admiration sans borne, il flotte autour des frères Quay un parfum de science-fiction laborantine, d'animateurs de marionnettes visionnaires qui en feraient les équivalents modernes des vieux bizarres tels que Jirí Trnka ou Jan Svankmajer. Sans être tout à fait fausse, cette image appelle la nuance : leur cinéma est avant tout un laboratoire des rêves. La mélancolie maladive qui imprégnait déjà Institut Benjamenta, adapté en 1995 du récit de Robert Walser, émettait un signe que cet Accordeur de tremblements de terre (The Piano Turner of Earthquakes en VO) vient valider : les Quay sont des descendants des décadents fin de siècle.

Leur ancrage anglo-saxon les inscrit dans une tradition préraphaélite, parsemée d'Ophélie noyées. Par-delà cette passion mortifère pour les filles brunes à teint de lait, il y a plus inquiétant encore ; les jumeaux parfaits ont une vision définitivement symboliste de l'humain et de la marche de l'univers : l'humain devrait prendre pour modèle l'automate, et le cosmos tient peut-être dans la main, à la façon de ces boules de verre qui quand on les renverse laissent retomber une neige artificielle. Nous les hommes, petites mécaniques remontées, sommes les ressorts d'une cosmologie miniature. Toute machine cachant un créateur non plus divin mais savant, il était temps que les Quay fassent le portrait d'un démiurge mégalomane, incurable déme

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