Le Caire de notre correspondante
«Ils ont excisé mon film.» Dans la voix de la réalisatrice libanaise Jocelyne Saab, de la tristesse et de l'amertume. Dunia (1), film sensuel sur le désir féminin, la liberté des corps et des esprits, a été censuré et déprogrammé, la veille de sa sortie officielle en Egypte. Tourné dans le pays, avec des acteurs égyptiens, il n'a pas reçu de visa d'exploitation, officiellement pour cause de taxes professionnelles impayées par la production. Mais, pour Jocelyne Saab, cette fin de non-recevoir n'est qu'un énième obstacle posé par un pays dérangé par le thème central du film, l'excision, une mutilation traditionnelle qui touche encore plus de 90 % des Egyptiennes, chrétiennes et musulmanes confondues.
Absurde. La principale scène coupée par l'organisme de la censure est d'ailleurs un plan sur une serviette ensanglantée et une lame de rasoir, dont l'emballage est ôté par les mains d'une exciseuse. «Une scène métaphorique, filmée pudiquement, s'indigne la cinéaste. Mais c'est à croire que l'Egypte refuse d'aborder en face ce problème.» Certes, sous l'impulsion de Suzanne Moubarak, l'épouse du Président, l'Egypte a ces dernières années levé les tabous, en multipliant les campagnes de prévention et en interdisant l'excision. Qui reste autorisée en cas de «nécessité médicale». Une absurde subtilité, révélatrice de l'attachement d'une énorme partie de la société à cette pratique.
Jocelyne Saab avait déjà dû affronter pl




