L'existence de ce film est redevable sinon à un miracle tout du moins à la grâce de son producteur, Christian Baute, qui appuie le cinéma de Vincent Dieutre depuis huit ans maintenant : il fallait un tandem pour faire passer dans une période aussi frileuse la pilule d'un film d'histoire qui serait aussi une contre-proposition de cinéma historique. La radicalité de Fragments sur la grâce n'est pas dans l'incongruité supposée de son sujet (Port-Royal et les jansénistes) mais dans la volonté de Dieutre de le faire en dehors du tamis de «grande consommation culturelle» qui rend invisible de nullité les trois quarts des docus historiques. Du baroque, du jansénisme, il ne fête pas l'anniversaire mais traque la présence en partant d'un non-lieu : «J'ai visité Port-Royal il y a quinze ans, à la fois fasciné tout en me rendant bien compte que c'était un lieu dont il n'y avait plus rien à voir. C'était un espace vide qu'il fallait combler.»
Rouletabille. Son sujet étant introuvable, il va s'agir pour le cinéaste de faire remonter une présence fantomatique aussi bien dans Port-Royal désolé que dans un Paris qui aurait changé d'affectation : le Marais, lieu cher à la préciosité janséniste, fait place aujourd'hui à un quartier pédé. En évitant la reconstitution, en prenant ces lieux à partir de l'absence de traces qui en ont fait l'histoire, mais en croyant à un ici et maintenant de la recherche, l'auteur de Leçons de ténèbres et Voyage d'hiver refait le chemin




