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«Il» déserte

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Les inconsolables (fin) Une série autour du sentiment de perte ou d'absence Sylvie Testud, 36 ans, actrice. Abandonnée par son père quand elle avait 2 ans, elle l¹a remplacé par un pronom personnel. Jusqu¹à le retrouver, trente ans plus tard.

Publié le 14/08/2007 à 9h08

Elle avait 2 ans quand «il» est parti. Elle dit «ce monsieur», parfois «cet homme». Elle ne prononce jamais son prénom. Pendant plus de trente ans, Sylvie Testud n¹a pas revu son père. Pas une seule fois. Jusqu¹à un soir de théâtre à Lyon. Elle était sur scène, lui dans la salle. Aujourd¹hui, si on lui demande, elle peut en parler des heures. Elle le fait d¹ailleurs avec une légèreté assez gracieuse. Dans sa loge, sur le tournage d¹un téléfilm où elle joue Françoise Sagan, puis à la terrasse d¹un bar, en fumant clope sur clope, parce que la soirée est douce. «Il». C¹est celui dont on ne parlait pas, à la maison. Petite fille, elle le voit en «démon». «Sinon, comment justifier un abandon ?» «Il» est donc cet «ennemi» qui a quitté une femme et trois petites filles et n¹est ?jamais revenu. De lui, Sylvie enfant n¹a aucun souvenir. «J¹ai imaginé moi-même une sorte de fantôme, j¹ai construit quelqu¹un de mauvais», raconte-t-elle aujourd¹hui. «C¹était très concret. Je l¹ai apprivoisé. Il était comme mon acolyte.» Patiemment, Sylvie Testud a nourri elle-même cette absence qu¹aucune anecdote, aucune odeur, aucune trace ne venait raviver. «La mort est très brutale, mais elle suit des moments vécus ensemble. Là, c¹est quelqu¹un d¹absentŠ Mais qui n¹a jamais été présent.» Quand les adultes de la famille se mettaient à murmurer entre deux portes, c¹était toujours à propos de lui. Quand sa mère sifflait - un signe de faiblesse, chez cette Méditerranéenne solide et fière, remise en ménage

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