«Vous n'êtes pas un monstre. Vous êtes une tragédie unique de notre temps», lance l'avocat Jacques Vergès à son client Klaus Barbie, qu'il réussira à faire condamner à perpétuité pour crimes contre l'humanité. Un autre exemple de la banalité du mal ?
Tout le contraire. En revoyant l'histoire du chef de la Gestapo de Lyon, grâce au remarquable documentaire de Kevin Macdonald Mon Meilleur Ennemi, on trouve que, finalement, Barbie est un personnage très intéressant. Au-delà du fonctionnaire zélé du IIIe Reich, du militaire «pris dans la tourmente de la guerre», combattant les «communistes» (terme large englobant la résistance et les Juifs), Klaus Barbie mérite qu'on revienne sur ses différentes vies. Parce qu'il est un monstre - bien sûr - et aussi parce que son histoire croise les grands enjeux de la guerre et de l'après-guerre. Avec la rencontre de deux figures symboliques, Jean Moulin et Che Guevara : il participera à leur assassinat.
Torture. Le réalisateur (auteur du Dernier Roi d'Ecosse, fiction sur le dictateur Idi Amin Dada) retrace l'enfance d'un tortionnaire qui fait ses armes aux Pays-Bas, où il organise les rafles de Juifs. Mais sa carrière d'assassin professionnel décolle en 1942, à la tête de la Gestapo de Lyon (installée dans l'hôtel Terminus, sur lequel Marcel Ophüls a, le premier, réalisé un documentaire). On revoit au procès les quelques témoins encore vivants évoquer les séances de torture sous l'autorité du «Boucher de Lyon».




