La qualité et le plaisir à tirer du film des frères Coen sont à ce point évidents, comme ils l'étaient à Cannes où l'oeuvre était la plus craquante de la compétition, qu'ils nous donnent plus l'envie d'en discuter dans le détail que de faire monter la mayonnaise au pédalo, ou de dire si oui ou non «on a aimé» (deux aspects de la critique à étoiles qui reprennent du poil de la bête). Mais en essayant d'être plus constructif, on s'expose aussi à jouer les gâte-sauce. On s'excusera donc d'avance de faire comme si tout le monde avait vu le film. Mais d'abord, tout le monde devrait. Voilà, c'est dit, vous pouvez raccrocher. Et puis comment étayer des arguments sans révéler certains points de l'histoire ? Ceux parmi les lecteurs que pareilles libertés indisposent (on les comprend) sont donc fortement priés de se garder ça comme snack pour après, s'ils ont encore faim après les hécatombes - ce dont on doute un peu.
En fait, si le film est finalement sur quelque chose (sinon les distrayantes mais fumeuses ruminations de Cormac McCarthy sur la prédestination et la physique des hasards), c'est au chef décorateur qu'on le doit : jamais la précarité de la vie et de l'architecture dans l'Amérique du milieu n'a été montrée de façon aussi liée. Chaque cloison de motel, chaque porte de caravane, chaque entrée d'hôtel qu'on voit dans le film, construites de cette façon cheap et toc qu'on trouve partout sur les routes du Texas, donnent cette même impression qu'il n'y a d'abri nulle part




