«Qui s'intéresse à ces images mal foutues, mal cadrées, tremblantes, dont l'équilibre tient à l'assiette de deux jambes gauches […] ? Qui s'intéresse vraiment à un film amateur ?» Jean-Marc Chapoulie, vidéaste et commissaire, a dédié plus d'une centaine de séances à ces films sans genre, format, style ou époque.
Grenier. Tout commence par une expérience traumatique, qu'il raconte en ouverture de son livre Alchimicinéma: invité chez un inconnu, il se retrouve à visionner son film de mariage en Super-8. «Je ne connaissais aucun membre de la famille filmée et j'assistais donc à l'ineptie, au degré zéro de vouloir dire quelque chose», écrit-il consterné. Des images presque «douloureuses qui nous laissent devant un vide». Et beaucoup d'interrogations… De là, son intérêt pour les «films de salle à manger», et plus largement pour l'activité des filmeurs ordinaires.
Depuis 2001, Chapoulie traque ces «images invisibles» qui se tournent par milliers chaque jour. Il passe ainsi six mois sur les traces de Jean Nolle, agriculteur, inventeur et cinéaste amateur, qui a réalisé 90 films à travers le monde pour les montrer à sa sœur, sa mère et quelques voisins. Seule piste, un mémoire d'étudiant qui mentionne une interview de Melville parlant de Nolle, qui le mènera jusqu'au grenier de sa sœur où il découvre une centaine de pellicules désormais au chaud à la Cinémathèque. Parmi elles, Welcome to Arizona (1959) : J




