Dès les premières secondes de Tetro, un pacte se forge avec l'image. L'enchantement, puissant et purement cinétique, tient à la forme, au style : des vues nocturnes d'un quartier bohème et vieillot d'une ville sud-américaine, un noir et blanc soutenu et luisant, une amplitude des cadres, une légèreté des mouvements et un objectif qui, comme un fisheye (objectif œil de poisson) à peine sensible, donne à l'image une très légère concavité, redessinant pour notre regard une sorte de vision globulaire à laquelle ne manquent que nos paupières. Cette image a quelque chose d'imposant, solennel, et pourtant léger. Elle existe par une espèce de force autoritaire et transcendantale, mais inspire confiance et même abandon.
Le pacte tient à celui qui le propose, Francis Ford Coppola, qui n'a pas toujours été loyal, mais qui ici annonce d'emblée qu'il sera derrière chaque image et qu'il en paiera la sincérité au prix coûtant avec une histoire inspirée de celle de sa propre famille. Sachant cela, nul besoin d'aller fouiller la biographie du cinéaste pour savoir de qui Tetro serait le portrait : comme le déclarent les séquences d'ouverture du film, il va s'agir avant tout de fabriquer du cinéma. D'ailleurs, c'est d'abord avec son propre cinéma que Coppola tient à dialoguer : dans sa forme comme dans son geste, Tetro est un film frère de Rusty James (Rumble Fish, 1983), l'un des plus beaux du cinéaste, situé comme celui-là aussi près de l'




