Tout comme Ari Folman, l'auteur de Valse avec Bachir, Samuel Maoz fait partie de cette génération d'Israéliens qui a fait la guerre du Liban, en 1982, la plus cruelle et la plus brutale menée par Israël. On a aujourd'hui oublié l'interminable siège de Beyrouth, les camps de prisonniers d'Ansar où étaient rassemblés les Palestiniens soupçonnés d'activisme, l'ignominie de Sabra et Chatila perpétrée sous les yeux de Tsahal et avec son soutien tacite.
Pourquoi votre film s’intitule Lebanon ? On ne voit rien du Liban.
A vrai dire, ce n’est pas un bon titre parce que le film traite de quelque chose de plus large que la guerre au Liban. Pour moi, le Liban n’est ni une guerre ni un pays, c’est ma génération, celle de ceux qui sont nés en Israël, pas comme nos parents qui ont fui le nazisme. Nous, nous avions vécu une vie normale ; nous ne pensions qu’à la plage, aux filles, à la musique, aux films. Nous voulions profiter de la vie. La guerre du Liban est la première que cette génération a eue à faire.
Pourquoi vous a-t-il fallu plus de vingt-cinq ans pour arriver, de cette expérience, à produire une œuvre ?
J’ai essayé à plusieurs reprises d’écrire un scénario. La première fois, c’était en 1988, après mes études de cinéma. Ce qui m’est revenu immédiatement, c’est l’odeur de la chair brûlée. La sensation était tellement forte que je me suis arrêté. Pas par peur, mais parce que j’avais le sentiment que je devais aborder ce film non pas comme témoin, mais comme réalisateur. Je me suis dit que je devais être capable de rassembler mes souvenirs, mes blessures et les analyser à froid, presque cliniquement. J’ai compris que j’avais besoin de temps. Et je




