Certains films valent la peine d'être vus pour cinq minutes, voire soixante petites secondes, de pure grâce. Le problème, c'est qu'on ne sait jamais si elles vont survenir, ni quand. Dans la Chine est encore loin, le dernier documentaire de Malek Bensmaïl, cela se passe vers la fin.
Il s'agit de Rachida, la femme de ménage de l'école où le cinéaste a décidé de poser sa caméra. Tout au long du film, elle se dévoile par bribes : son seau, son balai, ses vêtements, elle de dos, puis de face. «Vers la fin du tournage, raconte Malek Bensmaïl, elle est venue me voir et elle m'a dit : "Je t'ai bien observé. Voilà, je suis prête, tu peux m'enregistrer. Je veux bien parler mais il ne faut pas filmer mon visage pendant que je parle."» Cela donne une séquence de cinq minutes à couper le souffle, dans laquelle elle résume une vie entière de misère et de souffrance en quelques phrases, sans colère, ni larmes. Une vie de sacrifice, sans tendresse d'aucune sorte. «Je n'ai jamais connu un seul jour de joie», dit-elle, et on la croit. Elle est la seule femme du film, la seule aussi à vivre seule dans ce village des Aurès, Ghassira, qui a été le théâtre de la première action armée du FLN, à la Toussaint 1954.
Bavure. Malek Bensmaïl y a passé quasiment un an, parlant avec tout le monde, les jeunes, les vieux, les anciens moudjahidin. C'est l'un d'entre eux qui lui raconte que la glorieuse attaque du 1er novembre, au cours de laquell




