Cannes, quatre films par jour, parfois plus. Les films tournent en rond, circuit fermé, la mémoire n'a le temps de rien ingérer, les couches d'images et de sons se superposent. Quand un film résiste, c'est déjà un exploit en soi. Que dire alors quand plus de trente heures ont passé (pas de sommeil, pour quoi faire d'ailleurs ?), et que le souvenir ne fait qu'amplifier les sensations, et qu'au moment d'avoir à décrire quelque chose de ça, on voudrait en revoir une, deux, trois séquences une fois encore, moins pour vérifier que pour comprendre comment la mise en scène s'y est prise, avec quelles formes d'images, avec quels types de sons, pour nous immerger dans un tel monde clos, utérin. L'univers de Belle Epine, on n'en a pas encore saisi la procédure mais on commence à en comprendre les effets.
Au sortir du film, on retenait surtout l’immense présence des lieux (le circuit moto clandestin des halles de Rungis quand elles sont vides, l’appartement d’une adolescente qui vient de perdre sa mère, les environs d’un cinéma sous un orage) mais on avait peur que les faiblesses possibles du scénario (sa difficulté à faire émerger tout personnage masculin, par exemple, son manque d’insistance au monde de la moto) ne permette pas au très attendu premier long métrage de Rebecca Zlotowski (ex-étudiante de la Femis) de gagner en ampleur. C’est étrangement l’inverse qui se passe : ces défauts-là, on ne les voit presque plus, la grande force d’une mise en place complètement étran- g




