Bonne nouvelle, le film de Ken Loach vaut bien mieux que l'étiquette de bouche-trou que lui a valu son arrivée in extremis dans la compétition. Route Irish s'offre même le titre honorifique d'être un des tout premiers films post-Irak, comme il y eut les films post-Vietnam. Car, un des personnages, homme d'affaires véreux jusqu'à la moelle, le souligne : «Il faut chercher de nouveaux marchés. L'Irak, c'est désormais de la poussière.» Peut-être, mais une poussière tenace qui constitue la matière principale du film : lorsque l'on exporte le chaos, la corruption et la mort vers un pays étranger, on en revient toujours avec des morceaux dans les valises. Logique retour des choses, même si les victimes de cette réciprocité sont toujours du mauvais côté de la barrière sociale.
«Route Irish» désigne le chemin qui, à Bagdad, mène de l’aéroport à la Zone verte, partie sécurisée de la ville. Tout Occidental qui débarque en Irak transite par cet univers asphalté aux airs de stand de tir permanent. C’est aussi le terrain de jeu quasiment exclusif des «contractors», terme inventé pour éviter de dire mercenaires et désignant ces anciens troufions bénéficiant d’une totale impunité, recrutés par des sociétés paramilitaires. Fergus (Mark Womack, tout en nervosité agressive, une trouvaille) est un de ces prolos de Liverpool qui s’est fait un paquet de fric à ce jeu de massacre. Il en est revenu riche comme quelques-uns mais détraqué comme tous les autres.
Et le drame de sa vie




