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Les mues de l’homme à la peau de serpent

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Dans les archives de «Libé», il y a 6 ans. Marlon Brando fut un inventeur de gestes, d’allures, de personnages devenus légendaires. Il fut aussi un acteur engagé dans ses films, dans son jeu et sa vie. Il est mort à l’âge de 80 ans.

ParGérard Lefort
Marie COLMANT
Olivier Seguret
(Libération du 3 juillet 2004).
Publié le 03/07/2010 à 0h00

Il vivait isolé et ruiné dans un bungalow de Mulholland Drive avec deux sofas et des rideaux dépareillés. Marlon Brando, qui souffrait d'une fibrose pulmonaire, est mort jeudi à l'âge de 80 ans. Il était né dans le Nebraska, le 3 avril 1924, dans une ancienne réserve sioux. Mais surtout, il était né acteur, comme le prouve le portfolio qui illustrait son autobiographie parue en octobre 1994, les Chansons que m'apprenait ma mère. On y découvre une photo de lui à 12 ans prise sur la plage de Balboa en Californie, portrait plus que troublant : le très jeune Marlon y est déjà dans la mise en scène de son étrange beauté.

Bien sûr, il y eut l'étape fondamentale de l'Actors Studio, où il rencontra son mentor, Stella Adler, qui façonna l'acteur en lui faisant travailler sa diction. Il en ressortit avec ce souffle de voix légendaire, ce phrasé d'une douceur féminine qui conférait à son corps si ostensiblement masculin une légèreté unique. Même si on ne peut rapporter Brando à son seul physique, il va de soi que sa belle gueule et son corps ont largement contribué à son ascension. Un poster pourrait tout résumer : celui de l'Equipée sauvage de Lazlo Benedek (1954) qui a dû tapisser toutes les chambres des ados de la planète. On l'y voit chevauchant un énorme engin, la casquette en cuir, le T-shirt graisseux et le Perfecto luisant. Un peu mauvais genre, un rien voyou, il joue la carte de la brutalité et, on suppose, de l'animalité sexuelle. Dans son autobiographie, Bra

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