A-t-on besoin de savoir ce que veut dire alamar pour le comprendre ? Rouler le mot dans sa bouche suffit à en avoir le goût : alamar, à la mer, nous y sommes. Ce n'est pas une image, un raccourci : il n'y a là, sur l'écran, que le ciel et la mer et trois cabanons sur pilotis, où le petit Natan passe des vacances avec son père et son grand-père, pêcheurs de langoustes et de barracudas. Le paysage est dessous : Banco Chinchorro, une fabuleuse barrière de corail avec ses reliefs et récifs, au large du Mexique, côté mer des Caraïbes. C'est à peine si, de temps en temps, on se souvient qu'il doit bien, aussi, y avoir hors-champ un homme avec une caméra : le film du Mexicain Pedro Gonzáles-Rubio est d'abord un tour de discrétion magicienne.
Tableau. Natan est un splendide enfant caramel, né de la modernité la plus biblique : une Italienne rencontre un Mexicain. Ils s'adorent, font un enfant parce que c'était «le destin», mais se séparent bientôt parce que les réalités de leurs mondes sont exclusives l'une de l'autre. «Je suis malheureuse dans ta vie et tu es malheureux dans la mienne», dit la femme. Dont acte. Reste Natan, garçon romain d'origine mexicaine qui passera peut-être sa vie à voyager de l'un à l'autre. Alamar n'est pas un documentaire, mais il est difficile de le rapporter au seul régime de la fiction. C'est un film hybride où les morceaux de réel sont tissés sans couture avec des empiècements de fiction. Nata




