Atrente mètres du rivage, son tee-shirt trempé lui collant au corps, l'acteur israélien Eyal Sherter, immergé jusqu'aux épaules dans la mer Morte, raconte l'histoire de Yasser, un Palestinien de Cisjordanie. Eyal parle seul face à la caméra, le regard fixe. Les mots d'hébreu arrivent par bribes sur la plage de sable blanc, comme évaporés dans la chaleur au-dessus des eaux turquoises. «Soldat»,«boue»,«chien». Un jour pluvieux de novembre 2002, des soldats israéliens ont obligé Yasser, à se déshabiller en pleine rue et à mimer un chien. Il a marché à quatre pattes dans les flaques d'eau en aboyant jusqu'à ce que les soldats le laissent nu et transi dans la boue. Son témoignage a ensuite été recueilli par B'Tselem, une organisation israélienne de défense des droits de l'homme.
Le monologue d'Eyal Sherter est une des douze séquences de Témoignages, un film réalisé par Shlomi Elkabetz (les Sept Jours, Prendre femme), dont le tournage vient de s'achever. Elkabetz et son coauteur, Ofer Ein Gal, ont utilisé comme matière première des témoignages de Palestiniens et de soldats israéliens recueillis ces vingt dernières années par différentes organisations israéliennes. En faisant dire ces récits, en hébreu, par des acteurs israéliens, ils espèrent rompre le mur de silence et d'indifférence qui s'est installé dans la société israélienne autour des agissements de son armée dans les Territoires palestiniens.
«Refus».




